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Accueil S'informer - ANCIEN Se mettre au bio La malédiction d’une taxe… carbonisée !

La malédiction d’une taxe… carbonisée !

Voilà une contribution citoyenne et écologique, imaginée dans un consensus de sens pour lutter contre le réchauffement climatique, qui se transforme en quelques mois en un épouvantail et en un instrument punitif avec le lot d’impopularité qu’elle suscite. Dans notre pays, on parle souvent de « taxe » quand on veut indiquer un prélèvement obligatoire, pour éviter de l’appeler impôt ou redevance… Et nous redoutons tous ces taxes qui, sans savoir comment elles sont élaborées et à quoi elles sont affectées, viennent perturber notre savoir rationnel de citoyen. Et cela ne date pas d’aujourd’hui !

« Pour subvenir à tant de frais, il fallut prendre la substance des peuples ; il n’y eut point d’extorsion que l’on n’inventât sous le nom de taxe et d’impôt », écrivait Voltaire (Histoire de Charles XII). Nous avons aussi le souvenir d’un Richelieu, réduit à taxer les portes cochères de Paris… Depuis, tout a évolué pour que rien ne change… l’Etat n’a cessé d’inventer des taxes, mais pas encore, heureusement, celle imaginée par Oscar Wilde : « les hommes célibataires devraient être plus lourdement taxés que les hommes mariés. Ce n’est pas juste que des hommes soient plus heureux que d’autres. »

Alors, sans rire, nous nous demandons pourquoi cette taxe carbone a hérité, elle aussi, de cette appellation, sachant que le consommateur y est fortement allergique. Avons-nous pensé une seule seconde que psychologiquement, le mot  « taxe » fait appel à un sens de la punition ? Taxer, dans le sens familier : « Extorquer quelque chose à quelqu’un  par l’intimidation et la violence » (Le Larousse 2000 page 993). Alors pourquoi ne l’a-t-on pas appelée tout simplement : « contribution climat –énergie », sa véritable appellation d’origine ?

Mais au-delà de l’appellation, c’est la méthode d’élaboration qui a manqué d’ambition. Les auteurs de la taxe carbone ont oublié que nous n’étions pas dans un simple ajustement mais dans une conversion économique profonde et indispensable de nos modes de vie.
A l’occasion du « Grenelle de l’environnement », notre pays a affiché une volonté nouvelle et forte en matière de lutte contre le changement climatique. « Diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre ». La loi dite « Grenelle 1 » impose à tous les agents économiques privés et publics, les producteurs, les administrations publiques, les consommateurs, à s’engager dans cette profonde transformation de notre économie. S’est imposée dans la même occasion, la nécessité d’introduire dans la fiscalité un instrument puissant pour orienter ces choix. L’objectif est clair : décourager tout usage des énergies fossiles qui sont sources des émissions de gaz à effet de serre, et fixer un prix carbone qui doit être supporté équitablement par tous les agents économiques qui en émettent et tous ceux dont les produits ont un contenu « carbone ».

Alors pourquoi cela s’est-il traduit par une culpabilisation médiatique du consommateur, une menace punitive et une attaque en règle contre son porte-monnaie ? La fiscalité écologique, en plus de sa justesse et son équité, sert à envoyer un signal fort au consommateur pour l’accompagner, chaque fois que c’est possible, vers une consommation responsable et l’amener à adopter des technologies économes en énergie- et pourquoi pas, à s’en passer complètement. Or, nous constatons que ces technologies sont certes, de plus en plus disponibles, mais à des coûts d’investissement encore élevés. Et il est normal que le consommateur attende un encouragement : un crédit d’impôt, un bonus carbone…
Or, cette taxe carbone qui exonère les plus gros pollueurs, était le contraire de ce que doit dicter la réalité, le contresens d’une justice sociale et la plus mauvaise manière pédagogique pour séduire le consommateur. Copie à refaire et à refaire…

Par Ezzedine El Mestiri
« Pour aller plus loin à retrouver dans son intégralité dans le magazine Nouveau Consommateur n°33 actuellement en kiosque »
Editorial
Folio : 1 page (page 3)